Par Julia Itel – Publié le 19/11/2024
Si tous les catholiques sont chrétiens, tous les chrétiens ne sont pas catholiques. En effet, la religion chrétienne est constituée de trois courants principaux : le catholicisme, le protestantisme et l’orthodoxie. Quelle est donc la spécificité de l’Église catholique ? Pourquoi existe-t-il une différence entre ces courants ? Réponse ici.
Que signifie « être chrétien » ?
Être chrétien : suivre le Christ
Un chrétien est une personne qui, par le baptême, croit en Jésus-Christ comme le Fils de Dieu et Sauveur de l’humanité et qui vit selon le message transmis dans l’Évangile.
Le mot « chrétien » vient du grec khristos, lui-même traduit de l’hébreu massiah, qui signifie « oint » ou « messie ». Le terme « chrétien » apparaît pour la première fois à Antioche (Actes 11, 26) pour désigner les disciples de Jésus.
Les fondements de la foi chrétienne
Le christianisme repose sur la foi en Jésus-Christ, considéré comme le Fils de Dieu, venu pour sauver l’humanité. Ses enseignements, consignés dans les Évangiles (qui signifient « bonne nouvelle »), relatent sa vie, sa mort sur la croix et sa résurrection. Les chrétiens croient que la crucifixion de Jésus a racheté les péchés de l’humanité, réconciliant les hommes avec Dieu, et que sa résurrection est une promesse de vie éternelle pour ceux qui croient en lui.
Cette foi est centrée sur des croyances fondamentales définies dès les premiers conciles œcuméniques, comme la Trinité (un seul Dieu en trois personnes : Père, Fils et Saint-Esprit) et la résurrection de Jésus. Les rites partagés, comme le baptême – symbole de la purification et de l’entrée dans la communauté chrétienne – et l’eucharistie, qui commémore le don de Jésus lors de son dernier repas, incarnent cette foi dans la vie des croyants.
Une religion diversifiée
Dès ses débuts, le christianisme s’est affirmé comme une religion universelle, ouverte à tous, indépendamment de leur origine, de leur genre ou de leur statut social. Pourtant, au cours de son histoire, le christianisme va se scinder en trois confessions, marquées par des interprétations différentes des Écritures et des pratiques rituelles. Ces divergences ont donné naissance aux trois grandes branches actuelles : le catholicisme, l’orthodoxie et le protestantisme.
Le catholicisme, une branche du christianisme
Le mot « catholique » vient donc du grec katholikos qui signifie « général, universel ». Dès le IIᵉ siècle, ce terme est utilisé pour désigner l’Église (du grec ekklesia, « assemblée ») comme la communauté universelle des croyants en Jésus-Christ. L’Église primitive est alors organisée autour des apôtres et de leurs successeurs, les évêques, qui garantissent une certaine unité doctrinale. Mais c'est surtout au cours des premiers conciles, comme ceux de Nicée (325) ou de Chalcédoine (451), que sont définies les doctrines fondamentales pour affirmer l’unité de la foi chrétienne et se démarquer des hérésies telles que l’arianisme.
Les premières divisions entre orthodoxes et catholiques
Malgré son ambition d’universalité, l’Église chrétienne commence à se fragmenter à partir du IVe siècle, en raison des différences culturelles, linguistiques et politiques entre l’Empire romain d’Occident (où l’on parle latin) et celui d’Orient (où l’on parle grec). Ces tensions aboutissent en 1054 à un schisme majeur, le « Grand Schisme d’Orient », entre l’évêque de Rome (le pape) et le patriarche de Constantinople.
À l’issue de ce schisme, l’Église d’Occident conserve le nom « catholique », tandis que l’Église d’Orient prend le nom d’« orthodoxe » (qui signifie « foi droite »). L’Église catholique devient alors une branche distincte du christianisme, avec pour particularité sa centralisation autour de l’autorité du pape.
La Réforme protestante
Au XVIᵉ siècle, une nouvelle division émerge au sein de l’Église catholique avec la Réforme protestante, initiée par Martin Luther et Jean Calvin. Ces derniers critiquent certains aspects de la pratique et de la doctrine catholiques, notamment la vente des indulgences, une pratique visant à réduire le temps passé au purgatoire en échange d’offrandes, le pouvoir centralisé du pape et l’importance accordée à la Tradition, perçue comme une déviation des enseignements originels de l’Évangile.
Ces critiques conduisent à la naissance de nouvelles Églises chrétiennes, regroupées sous le terme de « protestantisme », qui rejettent l’autorité papale et prônent des principes tels que la sola scriptura (les Écritures comme seule autorité). L’Église catholique réagit à ces bouleversements par une réforme interne, lors du concile de Trente (1545-1563) qui réaffirme un certain nombre de dogmes, codifie la liturgie (notamment la messe tridentine) et met en place des mesures pour lutter contre la corruption et renforcer la formation des prêtres.
L’Église catholique, apostolique et romaine
En 1598, après trois décennies marquées par les guerres de Religion, le roi de France Henri IV promulgue l’édit de Nantes. Cet édit reconnaît l’existence de deux religions : la « religion catholique, apostolique et romaine » et la « religion prétendue réformée », désignée aujourd'hui par le terme « protestantisme ».
Cette appellation, « catholique, apostolique et romaine », résume les principales caractéristiques de l’Église catholique. Les deux premières proviennent du Credo de Nicée-Constantinople (381) : « Je crois en l’Église une, sainte, catholique et apostolique ». Le Credo, qui représente une profession de foi, affirme d’abord l’unité de l’Église, fondée sur une foi commune en Jésus-Christ et une mission universelle qui est d’annoncer l’Évangile à tous les peuples, « jusqu'aux extrémités de la terre » (Actes 1, 8).
Ensuite, l’Église est dite « apostolique » parce qu’elle repose sur les enseignements des apôtres et qu’elle est guidée par les évêques qui représentent leurs successeurs. La transmission de la foi, à travers la succession apostolique, garantit ainsi la fidélité à l’Évangile et donc au message originel du Christ.
Le Credo de Nicée-Constantinople (381) ne mentionne pas le terme romaine, car il s’adresse à l’ensemble des chrétiens et précède les divisions ultérieures. Cependant, dans le contexte catholique, l’expression « catholique et apostolique » est complétée par romaine, pour affirmer l’importance du siège de Rome comme centre de l’unité chrétienne et la primauté du pape, en tant que successeur de l’apôtre Pierre à qui Jésus a donné une autorité particulière : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt 16, 18).
C’est dans cette perspective que l’Église catholique affirme son rôle unique : être non seulement l’Église universelle et apostolique, mais aussi celle qui conserve la succession directe des apôtres, incarnée par l’évêque de Rome.
Qu'est-ce que la foi ?
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Les particularités du catholicisme
Considérée comme la plus grande confession chrétienne, avec plus de 1,390 milliard de fidèles (17,7% de la population mondiale) en 2022, le catholicisme se distingue par plusieurs éléments clés qui le distinguent des autres confessions chrétiennes.
L’autorité de l’évêque de Rome
L’une des spécificités les plus marquantes du catholicisme est son organisation hiérarchique, centrée sur l’autorité du pape, évêque de Rome. Considéré comme le successeur de l’apôtre Pierre, le pape est vu comme le chef spirituel de l’Église catholique et le garant de son unité doctrinale et liturgique.
Si les orthodoxes et les protestants rejettent la primauté papale, les premiers fonctionnent avec un système collégial, où les patriarches et évêques ont une autorité locale indépendante, et les seconds prônent une organisation décentralisée marquée par une grande autonomie des Églises locales.
La Tradition comme source de foi
Le catholicisme repose également sur deux piliers : les Écritures, considérées comme la Parole de Dieu, et la Tradition, qui comprend les enseignements des Pères de l’Église, les décisions des conciles œcuméniques et les écrits magistériels.
Les orthodoxes partagent ce respect pour la Tradition mais avec, cependant, une approche plus mystique et moins centralisée. Les protestants, quant à eux, valorisent uniquement les Écritures, selon la doctrine de la sola scriptura.
Les sacrements
Comme l’Église orthodoxe, l’Église catholique reconnaît sept sacrements : le baptême, l’eucharistie, la confirmation, la réconciliation, le mariage, l’ordre et l’onction des malades. Elles les célèbrent cependant distinctement. Au sein du protestantisme, la majorité n’en reconnait que deux : le baptême et l’eucharistie.
La Vierge Marie et les saints
Dans le catholicisme, la Vierge Marie occupe une place centrale. Elle est honorée comme Mère de Dieu (Theotokos), et des dogmes spécifiques lui sont consacrés tels l’Immaculée Conception (fêtée le 8 décembre) ou l’Assomption (célébrée le 15 août). Les saints, quant à eux, sont vénérés comme des modèles de foi et des intercesseurs auprès de Dieu.
Les orthodoxes partagent une vénération pour Marie et les saints mais ne reconnaissent pas certains dogmes mariaux spécifiques comme celui de l’Immaculée Conception. Ils insistent aussi sur les icônes comme supports de prière. Les protestants, eux, rejettent la vénération de Marie et des saints qu’ils perçoivent souvent comme une forme d’idolâtrie. Ils privilégient une relation directe entre le croyant et Dieu.
La liturgie
Bien qu’adaptée aux langues locales depuis le concile Vatican II (elle est auparavant célébrée en latin), la liturgie catholique est universelle. Cela signifie qu’elle dispose d’une structure commune dans le monde entier, centrée sur l’eucharistie, et incluant des temps de lectures bibliques, des prières, des chants, des gestes sacrés et des processions.
Chez les orthodoxes la liturgie est connue pour être plus mystique, avec une forte mobilisation des sens. Ils ont ainsi recours aux icônes, aux chants mais également à des odeurs spécifiques. Le célébrant fait aussi généralement dos à l’assemblée. Les protestants, quant à eux, adoptent une liturgie beaucoup plus simple, axée sur la prédication et la lecture des Écritures. Les rituels formels sont souvent réduits ou absents. Les lieux de culte reflètent d’ailleurs cette simplicité recherchée ; ils contiennent ainsi peu ou pas d’ornements, contrairement aux églises orthodoxes et catholiques.
